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Témoignage de Thierry Maillot, Consultant au dispensaire de Koné

« Je suis médecin de formation, installé en Nouvelle‑Calédonie depuis 1990. »

Après mes études de médecine, je suis arrivé en Nouvelle‑Calédonie en 1990. J’ai commencé ma carrière à Poum, où je suis resté trois ans, avec des missions régulières à Koumac, Bélep et Poum.

Au fil du temps, j’ai ressenti le besoin de passer du soin vers la coordination et l’organisation des services. Un poste de médecin coordonnateur s’est ouvert : je l’ai occupé pendant dix ans. Ensuite, j’ai exercé les fonctions de directeur des services de santé et sociaux, également durant dix ans.

Par la suite, je me suis dirigé vers un rôle davantage administratif, en tant que secrétaire général adjoint, où je supervisais plusieurs secteurs : la santé, l’enseignement et différentes directions. Finalement, en 2019, j’ai choisi de revenir vers le terrain en devenant consultant au dispensaire de Koné, qui a la particularité d’être situé au sein même de l’hôpital de Koné.

Thierry Maillot
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Le métier au quotidien

Une journée de travail peut être très variée. Par exemple, un mercredi typique est consacré aux visites à domicile en tribu. Nous nous rendons dans plusieurs tribus – parfois quatre dans la même journée – pour rencontrer une vingtaine de personnes : personnes âgées, patients atteints de cancers, de broncho‑pneumopathies chroniques ou d’autres pathologies pulmonaires fréquentes dans la région en raison de l’humidité.

Certaines visites demandent de parcourir de longues distances : plus de 50 km dans la journée, parfois sur des pistes difficiles nécessitant un véritable 4x4, surtout par temps de pluie.

Ces visites permettent de suivre des patients en perte d’autonomie, dont les déplacements sont parfois impossibles, et d’adapter nos pratiques à leur réalité quotidienne.

Les particularités et les difficultés

Le travail en tribu présente des spécificités fortes. Les conditions de vie impactent directement la prise en charge : marches d’accès difficiles, salles de bain non adaptées aux déambulateurs, isolement géographique. Voir le domicile permet de comprendre ce qui, au quotidien, complique les soins et les déplacements.

Les distances sont un enjeu majeur. Lors des consultations au dispensaire, nous devons tenir compte de la difficulté pour certains patients de revenir : manque de véhicule, coût du transport, absence de taxis. On ne peut pas simplement leur demander de revenir le lendemain.

Ces réalités influencent notre manière d’exercer : il faut évaluer si un patient pourra réellement revenir, et adapter le suivi en conséquence. L’environnement, les déplacements, l’isolement et les moyens limités sont autant de paramètres à intégrer dans chaque décision.

L’humain et la collaboration

La relation avec la population est chaleureuse et directe. Le tutoiement est courant, mais toujours dans le respect. Il faut savoir parler simplement, éviter le jargon médical, s’assurer que les explications sont comprises. Les patients sont demandeurs, curieux, attentifs, et l’échange occupe une place centrale.

Avec les enfants et les familles, la relation est fluide. Les mamans sont à l’écoute, posent des questions, cherchent à comprendre. Ici, l’oralité est essentielle : expliquer, montrer, prendre le temps. Les consultations rapides de 5 ou 10 minutes sont impossibles si l’on veut obtenir l’adhésion du patient. Il faut parfois s’appuyer sur des images, des radios, des exemples concrets.

Ce travail nécessite une réelle disponibilité, de la patience et une écoute active. On construit une complicité, un lien de confiance qui fait partie intégrante du soin.

Pourquoi rester et pourquoi venir ici ?

Ce qui me donne envie de continuer, c’est la richesse humaine du terrain, le contact direct avec la population et la compréhension fine des réalités locales. Ici, la pratique est complète : on accompagne les patients dans leur environnement, on adapte les soins aux contextes, et l’on gagne en profondeur dans la relation humaine.

À quelqu’un qui souhaiterait venir travailler en Province Nord, je dirais que c’est une expérience unique. Il faut être autonome, souple, capable de s’adapter aux distances, aux coutumes, aux réalités du terrain. En échange, on acquiert une expérience professionnelle dense et une compréhension précieuse de la population.

« Travailler en Province Nord, c’est s’adapter, accompagner, et exercer son métier au plus près de la réalité des patients. »
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